La photo de classe

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mardi 16 novembre 2010

Numéro 18 : le rang des grandes, par Anne

Réponse à l'invitation à jouer d'Akynou, présente sur cette photo de classe !
Anne

Quand le monsieur est venu, il a voulu me mettre sur le banc.

J'ai pleuré. J'en ai assez, tous les ans, je suis sur le banc. Il paraît que je suis petite, qu'on met toujours les petits devant.

Mais moi je ne veux pas. Alors j'ai pleuré très fort, j'ai crié.

La maîtresse m'a grondée, elle m'a dit que je n'étais pas raisonnable. Le monsieur avait l'air pressé. Et puis je ne sais plus qui a eu une idée.

"Et si on mettait les filles au milieu ? Pour changer ?"

Alors je n'ai pas pu me mettre là où je voulais, juste au milieu de la photo. C'est encore cette grande L. et sa copine aussi grande qu'elle qui ont eu droit. Comme si elles y pouvaient quelque chose, d'être à chaque fois les plus grandes. Comme si j'y pouvais quelque chose, d'être à chaque fois la plus petite. "La petite puce". Pfff. Je leur en collerai, des puces.

Mais quand même, j'étais dans le rang des grands. Tout au bout. Je crois que j'ai fait une tête de triomphe sur cette photo. J'étais fière d'avoir eu ce que je voulais. Et puis au bout, on verra mieux ma jolie robe. J'ai fait un sacré caprice pour l'avoir, celle-là, aussi.

Maintenant je suis contente. Je la garderai toujours, la photo de classe de cette année.

Laure003.jpg

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Le trésor perdu, par Julio

Laure003.jpgJulio a choisi le numéro 21 (en comptant de gauche à droite et de bas en haut)

J’aime son sourire malicieux.  
Nom : Pierrot /surnom : La Fouine
Signe particulier : très rusé
Mon papa, il a dit des que tu auras ton certificat d’étude, tu iras travailler en usine. Eh bien je ne suis pas près de l’avoir mon certificat !

Un drôle de courrier ce matin dans la boîte aux lettres. J’ouvre et la phrase secrette que je n’avais pas entendu depuis au moins trente-sept ans, la phrase que nous n’avions pas le droit de prononcer devant les adultes. Je cours à l’intérieur de la maison, je fonce vers les photos. Là, cette vieille photo d’école. L’un d’entre nous à envoyer un courrier et il faut se rendre au rendez-vous. Sans doute il ou elle est en danger. Il faut expliquer à la famille que je dois partir au plus vite. Pas facile, mais, bon, il faut qu’ils comprennent : j’avais donné ma parole, je n’ai pas le droit de la retirer.

Durant le voyage je me revois avec les autres enfants, à l’étang du petit bois, autour du feu de camp. Notre lieu de ralliement. Les souvenirs s’entrechoquent dans ma tête. En hiver, nous faisions du hockey sur glace avec des branches et une petite pierre. Et ce jour quand la glace a cédé et quand deux d’entre nous sont tombés à l’eau. En été, on se baignait. On avait fabriqué un radeau avec des bidons et des planches. Et la cabane avec trois côtés et une toile de bâche que nous avions fabriquée pour faire du théâtre… Et le coffre au trésor avec ces vieille fringues pour nous déguiser… Oui ! le passé me revient comme un torrent et ne me laisse pas réfléchir.

Ou je cours, qui je vais voir, se souviendront-ils de mon surnom, La Fouine ! Notre endroit, je ne le reconnais plus, mais l’étang est toujours là. Le petit bois a disparu, on a tout rasé pour construire un lotissement. On a construit une cabane de pêcheur à l’endroit de la nôtre. Et un parking juste là où on se réunissait.

Ils son tous là. Du moins, je le crois. Qui a écrit les mots interdits pour les adultes ? Qui vas briser le silence de trente-sept ans ? Arrive un homme poussant une chaise roulante. Et, sur la chaise, Jeanne. Je la reconnais tout de suite. Jeanne que nous avion surnommée Œil de Moscou en hommage à son père, un vieux communiste qui possèdait,d'après elle, un téléphone rouge relié directement au Kremlin. Son mari nous explique que Jeanne a eu un grave accident, qu’elle ne se rappelle que de cette période de la vie, celle que nous avons patagée, qu’elle récite les noms et les surnoms de ces camarades. Et une phrase mystérieuse, un appel au ralliement. Jeanne se met à parler. Elle nous explique, avec sa voix d’enfant, que, sous la cabane, se trouve le coffre aux trésors. Celui où se cache le mystère de nos vie, celui où nous avons laissé nos cœurs pour des jours plus sombres et compliqués. Nous sommes émus pars sont appel a la recherche du trésor perdu de notre enfance. Et nous décidons de maintenir la phrase secrète. De nous revoir aussi, pour repartir dans de nouvelles aventures à la recherche de cette enfance, pleine de rires et de curiosité.

Le jeu de la photo de classe

Ces photos m'amusent toujours. Elles ont un charme suranné. Ce sont les mêmes bouilles qu'aujourd'hui, les même regards moqueurs ou sérieux, inquiets aussi parfois. Les oreilles sont sans doute plus décollées que de nos jours, surtout chez les garçons dont les cheveux ne masquent rien. Et les chaussettes, les blouses, les chandails marquent l'époque.

Sauriez-vous écrire une histoire à partir d'une pareille photo ?

Laure003.jpg

Vous choisissez un gamin, vous m'indiquez le numéro (on les numérote de 1 à 26, à partir du bas, de gauche à droite) dans le commentaire. Et vous écrivez une histoire à partir de ce môme. Ça peut être une adulte qui se souvient, le gamin qui parle, quelqu'un qui parle du gamin, comme vous voulez. Vous pouvez être aussi le maître ou la maîtresse…