La lettre de non motivation 1

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mardi 16 novembre 2010

Lettre de motivation, par le Goûts des Autres

Afin de participer activement au jeu de madame Akynou, mais, comme d'habitude en laissant libre cours à ma libre interprétation du jeu, voici la lettre de motivation demandée.

L'approche en est bien sûr différente de la forme demandée mais j'aime aller dans un sens inattendu.
Partant du principe que "c'est déjà bien assez d'être pauvre, si en plus il faut se priver" je préfère, comme l'enseignent les arts martiaux, laisser l'adversaire faire l'effort qui le foutra par terre en poussant dans le sens où il tire.
L'efficacité du piège est d'ailleurs démontrée avec éclat par la réponse de l'employeur sollicité.
Je sais, comme d'habitude j'en fais trop en me laissant aller avec délices à ma propension naturelle à tartiner pour pas grand'chose, mais bon, après tout c'est mon blog, pas la mine. Mmmh ?
Le Goût des Autres

Monsieur le Directeur des Ressources Humaines de "Mourez, nous ferons le reste La retraite enchantée"..

Si je tiens absolument à travailler dans votre mouroir résidence pour seniors, c'est qu'après avoir pesé les avantages et les inconvénients du poste de brancardier que vous proposez vis a vis des postes d'hôte de caisse chez Casifour ou de manutentionnaire manager de rayon chez Carrechan il m'est apparu que vous l'emportiez haut la main.
Ce n'est évidemment pas le salaire qui est l'élément déterminant puisque vous proposez tous le même, soit 8.86 euros bruts de l'heure.
Pas plus le fait que, pour maintenir chez les salariés une obéissance de bon aloi, vous et vos pareils proposez des horaires qui, pour réduits qu'ils soient, mobilisent entre huit et douze heures par jour pour un horaire effectivement payé ne dépassant pas vingt à trente heures par semaine étalées parfois sur six jours.
Non, ce qui m'a conduit à opter pour l'emploi passionnant que vous proposez, c'est l'absence de risque inhérent au métier de brancardier dans une maison de retraite telle que la vôtre.
En effet, considérez, Monsieur le Directeur des Ressources Humaines, que le poste d'hôte de caisse, outre la tentation bien compréhensible, vu la modicité de la rétribution allouée, de confondre le tiroir caisse avec sa poche, il y a le risque inacceptable de prendre un mauvais coup dû à la panique d'un braqueur au son de la sirène déclenchée par un collègue, héros à peu de frais, le braqueur n'étant pas devant sa caisse mais devant la mienne.
Considérez aussi, Monsieur le Directeur des Ressources Humaines, que la tentation est bien grande, pour un  manutentionnaire Manager de Rayon, de chaparder la boîte de cassoulet qui lui permettra le seul repas un peu nourrissant de la journée, repas que ses maigres émoluments ne lui permettraient qu'une fois par semaine. Toutes tentations qui conduisent inéluctablement au licenciement pour faute lourde…
Tandis que dans votre petite entreprise de pompage des ressources des vieillards  maison de retraite, Monsieur le Directeur des Ressources Humaines, le risque encouru par le brancardier est quasiment nul.
En effet, dans votre mouroir Résidence pour Seniors, qui irait se plaindre de la glissade fatale d'un impotent ? Qui songerait à réprimander le brancardier qui échappe malencontreusement la vieillarde qui a un pied dans la tombe et du coup le deuxième, celle-là même qui appelle à longueur de journée les trois infirmières qui s'occupent de vos deux cents pensionnaires ? Le fait de ramasser un porte-monnaie qui traîne négligemment sur une table de nuit n'est pas répréhensible, d'autant que les vieux perdent souvent la tête et donc leur porte-monnaie.
Voilà pourquoi, Monsieur le Directeur des Ressources Humaines, je tiens absolument à travailler dans votre Résidence pour Seniors.
Surtout que vous serez absolument assuré de ma discrétion si, par un hasard malencontreux, j'en venais à remarquer, comme lors de mon premier entretien avec vous, que certaines de vos infirmières, surmenées par des journées de douze heures, dont trois heures supplémentaires rémunérées 10,08 euros brut, ne peuvent se retenir de gifler certaines pensionnaires baignant dans leurs déjections.
Et puis il y a la prime impromptue de ce métier: Le brancardier ne travaille pas en permanence pendant sa vacation. Ce qui amène le salaire réel par heure de travail quasiment à des émoluments de cadre supérieur.
Cette dernière remarque montre bien que je suis tout à fait conscient des impératifs qui s’imposent à toute entreprise moderne et soucieuse du dividende versé.

 

Direction des ressources humaines de "Mourez, nous ferons le reste La retraite enchantée".


Monsieur Le-gout-des-autres.

Votre candidature, extrêmement spontanée, et votre lettre de motivation ont retenu mon attention.
Toutefois, je me dois de vous dire que l'approche que vous avez du noble métier de brancardier n'est pas tout à fait conforme à celle que nous nous faisons de ce métier qui tient plus du sacerdoce que de l’emploi courant.
Ce qui nous a, la direction et moi-même, le plus troublé dans votre lettre de motivation est la légèreté avec laquelle vous prenez les impératifs comptables, sévères mais justifiés, qui sont imposés à toute entreprise soucieuse du bien-être et du niveau de vie de l'actionnaire.
Dans cette lettre vous remarquez, à juste titre d'ailleurs, qu'un brancardier n'accorde pas la totalité de son temps au travail pour lequel il est grassement rétribué aux dépens des profits nets de l'entreprise.
Vous allez même jusqu'à comparer le salaire réel du brancardier aux émoluments d'un cadre supérieur.
Cette saine perception du travail en général et de celui de brancardier en particulier a attiré l'attention de la direction générale.
Celle-ci, lassée par le laxisme du personnel de surveillance du personnel, s'est posée l'éternelle question "Quis custodiet ipsos custodes ? " et a abouti à la conclusion que vous êtes le mieux placé pour assumer cette tâche, noble entre toutes: surveiller vos pareils.

Vous semblez en effet prompt à remarquer tout chapardage, toute tentative de tirer au flanc et à repérer le fumeur de chichon entre deux transports à l'hôpital le plus proche.

Connaissant tout comme vous les tentations induites par la modicité des salaires et sentant en vous l'entrepreneur né, prêt à se sacrifier pour l'entreprise pour peu que celle-ci sache le voir et le récompenser, la Direction Générale a décidé, dans sa foi dans la libre entreprise et l'efficacité de la récompense des mérites du travailleur dévoué, de vous allouer, en plus du généreux salaire de 8.86 € bruts de l'heure passant à 10.08 € bruts de l'heure au delà de 35 heures par semaine, la prime exceptionnelle de 10% sur les heures retenues à vos collègues moins assidus ainsi que 5% sur la totalité des heures non payées pour cause de non travail effectif, travail non effectué que vous aurez la charge de vérifier et noter heure par heure pour la totalité de vos collègues.

Bienvenue chez "Mourez, nous ferons le reste La retraite enchantée ", Monsieur le-gout-des-autres.
Nous attendons, une réponse positive à notre offre, réponse que vous ne manquerez pas, j’en suis sûr, de nous faire parvenir par retour du courrier…


lundi 13 septembre 2010

Lettre à Dar*ty, par liwymi

Première à participer au jeu des lettres de non-motivation – dont vous trouverez l'explication et les règles sur ce billetliwymi qui ne postule donc pas pour une grande enseigne…

VENDEURS / VENDEUSES ELECTRODOMESTIQUES (H/F) (Réf. DIFVEND/MUTUALISE)

Dar*ty Ile-de-France

Lieu : Essonne (91) , Hauts de Seine (92) , Ile de France , Paris (75) , Seine St Denis (93) , Seine et Marne (77) , Val d'Oise (95) , Val de Marne (94) , Yvelines (78)

Contrat : CDI

Mission :: Disponible et ambitieux, vous aurez à coeur de fidéliser nos clients et de réaliser vos objectifs de vente. Vous veillerez également à la bonne tenue de vos rayons.
Profil : De formation bac ou bac+2 et/ou doté d'une expérience confirmée de la vente, vous montrez de réels talents pour le commerce de nos produits et/ou services.

Une formation à nos produits, services et à nos techniques de vente vous permettra de devenir pleinement opérationnel et de vous perfectionner.

Votre personnalité, votre motivation et vos résultats seront la clé de votre évolution au sein de notre groupe.

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dimanche 12 septembre 2010

Lettre de non motivation, jeu inspiré d'un livre de Julien Prévieux

Septembre, la rentrée. Nous avons tous repris le chemin du travail avec plus ou moins de bonheur. Il est de bon ton d'être motivé, de prendre de bonnes résolutions. Oui, mais… si ce n'était pas si simple. Si un arrière-goût de vacances nous donnait une vague idée de tout envoyer promener.

Il y en a un (il n'est sans doute pas le seul, mais c'est de celui-là que je veux parler) qui a décidé de prendre les chemins de traverse. Zoé Varier, présentant le numéro de « Nous autres » qu'elle a réalisé à son sujet le présentait ainsi :

« Ne l’embauchez surtout pas, il n’est pas dynamique, il n’a pas envie de réussir, il n’est pas ambitieux. En plus il ne désire pas faire carrière. Au contraire.

C’est un doux dingue, un drôle de zozo, un artiste, ce gars là. Depuis 8 ans il joue à un drôle de petit jeu. Un jeu de massacre, jubilatoire et féroce. Et peut-être pas si drôle que ça à la fin.

Fatigué d’écrire de lettres de motivation pour trouver du travail qu’on lui refusait à chaque fois, Julien Prévieux a décidé de se venger. Il s’est mis à refuser tous les emplois. Finie l’hypocrisie de la lettre de motivation, finis les contorsions pour être conforme au poste et avoir le profil, finis les mensonges, Julien Prévieux a décidé de renverser le jeu, il répond aux offres d’emplois des lettres de non-motivation.

Il s’amuse, il refuse, les salaires trop bas, les horaires décalés, le travail de nuit, les slogans ineptes des entreprises, on rit beaucoup, on rit jaune. Il s’invente des personnages, toujours francs du collier qui écrivent ce qu’ils pensent, inadaptés à la langue et aux exigences de l’entreprise. Julien Prévieux s’invente des vies, on éclate de rire, il se déguise et ça révèle l’absurdité de ce jeu de dupes.

Depuis 8 ans Julien Prévieux a écrit plus de 1000 lettres de non-motivation, dans chacune d’elles il multiplie les arguments de son refus, et l’accumulation dessine en creux une vraie critique de l’organisation du travail et de sa violence. »

Voilà, le jeu c'est cela : écrire une lettre de non motivation à une entreprise pour qu'elle ne vous embauche pas. Une douce vengeance, une sorte de travail buissonnier. Mais il faut que ce soit une vraie lettre (même si elle ne sera jamais envoyée), qui propose de vrais arguments. Il vous faudra vous renseigner un minimum sur l'entreprise, le poste auquel vous n'allez pas candidater. Je vous avais demandé le nom d'une entreprises. Si vous y avez pensé, c'est que, forcément, d'une certaine manière, cette entreprise-là vous titille. Mais ne vous sentez pas obligés si cela vous paraît trop difficile. Vous pouvez changer, c'était une sorte de teasing, pour vous apâter.

Vous pouvez aussi traquer la proposition d'emploi publiée dans la presse pour vous inspirer. Vous pouvez aussi, si une entreprise particulière vous démange mais que vous êtes trop proche d'elle, lui donner un autre nom. Juste, vous me le précisez.

Parce qu'il faut donner une date butoir, vous avez jusqu'au 20 septembre. Mais bon, vous n'êtes pas mes étudiants, je ne serai pas à cheval sur la date. Les lettres seront publiées dans ma salle de jeux.

Julien Prévieux a publié un livre qui est consultable en ligne gratuitement.