Diptyque 5.3

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mardi 25 mai 2010

Le 5.3, c'est fini…

Ouf, ça n'a pas été sans mal. Surtout me concernant. Je n'ai écrit l'histoire de la photo de Bladsurb que cette nuit et n'ai construit l'illustration du texte de Brol que tout à l'heure, soit bien en retard.

Or donc, cette semaine, les participations sont

1. L'histoire de la photo


Rencontre, par Akynou

Vicky, par Lyjazz

Le temps des cerises par Nawal

Empoisonnement hebdomadaire, par Bladsurb

Révélations par Anna

Bronca chez les Banderas, par Julio

L'enquête progresse, par K

Rupture, par Luce

2. Illustrer le texte

Ado, je n’ai jamais eu de mobylette, scooter ou moto. Je n’ai pas le permis mais ai possédé pendant quelques années une voiture. Je sais, c’est débile.

Bref, la vitesse ne m’a jamais fait bander

brol

La vitesse de mes transports, par Bladsurb
How Do You Stop, par K
Diptyque, par Nawal
Crossboarder, par Lyjazz
Brol, par Akynou


Brol, par Akynou

Ado, je n’ai jamais eu de mobylette, scooter ou moto. 

Manif de motards

Je n’ai pas le permis mais ai possédé pendant quelques années une voiture.

Signes extérieurs de richesse

Je sais, c’est débile.

Une journée parisienne de akynou

Bref, la vitesse ne m’a jamais fait bander

Ceci est ma participation au diptyque 5.3 version : illustrer le texte qui est cette semaine de Brol

Rupture, par Luce

Je suis assise dans ce bar Parisien, seule depuis une bonne heure. Mon verre est vide, les olives sont mangées. Je reste là, hébétée, sous le choc. Il y a une heure j'avais rendez vous avec mon homme, mon amant. il y a une heure, je faisais partie des filles heureuses en ménage, je faisais l'envie de mes copines célibataires, je marchais d'un pas léger, amoureux, dans cette sorte de sécurité qu'offre le sentiment d'être aimer. Il y a une heure, je sirotais un martini, croquais ces olives en ne me souciant pas de leur amertume.
Il y a une heure, mon amoureux, mon amant, s'est assis en face de moi. Il ne m'a pas embrassé. Mon cœur s'est noué instinctivement. Il n'a rien commandé, il a dit cette fameuse phrase détestable "faut qu'on parle". Mais il n'a pas parlé, comme s'il attendait de moi quelque chose. J'ai dit : "c'est grave ?" Il a sourit méchamment, il a haussé les épaules. "Tu te doute bien de quoi non ?" Non je ne me doutais pas, de rien. Non, je n'ai rien vu, rien senti, rien compris, rien anticipé. Devant mon air ignorant, il a eu un regard ulcéré, il a lâché ça avec un tel mépris. "je suis tombé amoureux", mais je n'ai pas compris ce que ça voulait dire, j'ai répondu "moi aussi je t'aime". Il a soupiré, il a dit "pas de toi, d'une autre femme".

Je n'ai rien dit, je n'ai rien trouvé à dire, c'était une telle explosion de douleur en moi. Je ne sais pas combien de temps il est resté là, silencieux. Je ne sais même pas quand il est parti. Je sais juste que ça fait une heure que je suis devant mon verre vide, mes noyaux d'olives et que Je regarde l'étrange géométrie des objets sur la table.

C'est le Dyptique 5.3 de Luce. Il s'agit d'écrire un texte à partir de la photo de Bladsurb

« Matin Rencontre, par Akynou

J’avais donné rendez-vous à Valérie dans un bar chic de la rue des Abbesses. Elle apprécie  cet endroit au confort bourgeois revendiqué et qui se situe pas très loin de son bureau. Avantage non négligeable quand on sait que Valérie travaille comme une damnée et est, du coup, régulièrement en retard à ses rendez-vous. Y compris avec moi. Mais je suis philosophe.

D’ailleurs, elle venait de m’appeler pour me dire qu’elle ne pourrait me rejoindre avant une bonne demi-heure, à cause de Jean-Denis qui avait oublié de mettre les visuels pour la prochaine campagne dans les bonnes chemises et elle devait tout vérifier pour le lendemain.
– Cela ne t’embête pas chéri, m’avait-elle sussuré à l’oreille.
– Non, mon amour, absolument pas. Mais ne tarde pas trop tout de même…

Elle eut un rire de gorge qui me promit qu’elle saurait se faire pardonner. Je raccrochais, restait un instant songeur avant de commander un picpoul de pinay. J’aime assez ce petit blanc sec et frais quand il fait chaud et un peu lourd, comme ce jour-là. J’allais sortir un livre quand mon regard tomba sur une femme assise quasi en face de moi. Elle avait une cinquantaine d’année, peut-être un peu moins. Rousse, un peu ronde, elle tournait lentement le doigt autour de son verre, l’air ailleurs. Puis elle redressa la tête, sourit avec ravissement, se leva et fit mine de serrer la main de quelqu’un. Il n’y avait pourtant personne. Elle se rassit et commença son monologue d’une voix joyeuse.

– Bonjour, vous êtes Frédéric, n’est-ce pas ? Vous ressemblez beaucoup à votre photo.
– Agréablement j’espère.
– Plus jeune, vraiment ?…
– Sans doute…, vous savez,  j’ai tellement peur de ne pas plaire que je donne en fait une photo de maman dans la soixantaine. il parait que nous nous ressemblons beaucoup. Si les hommes veulent malgré tout me rencontrer, j’espère leur faire une agréable surprise. Dix ans de moins, c’est un beau cadeau du temps.

Entre chacune de ses phrases, elle laissait un blanc, semblait écouter une réponse avec attention et repartait de plus belle. Toujours attentive à l’autre, qui n’existait pas, toujours souriante. Soudain, elle éclata d’un rire gai et léger, qui cascadait, sans même se rendre compte qu’en dehors de son interlocuteur invisible, tout le monde la regardait.

– Mon Dieu, quel taquin vous faites, affirma-t-elle en reprenant son souffle. Elle replaça une mèche qui lui tombait dans l’œil, lissa ses cheveux d’une main distraite, toujours absorbée par la conversation de l’autre, qu’elle relançait de temps à autre par des petits mots : ha oui ?… Mon Dieu !… Je ne vous crois pas… D’accord… je comprends… et alors ?…

Au bout d’un quart d’heure de ce manège, elle finit par dire
– Dîner ? Oui, bonne idée, je meurs de faim. Vous connaissez un restaurant dans le quartier ? … Sinon, il y a une petite brasserie juste à côté, on y mange très bien et pour des prix tout à fait convenables… Très bien, faisons ainsi.

Elle se leva alors, défroissant sa jupe du plat de la main et se retournant pour attraper son manteau. Puis elle regarda sa montre et se rassit. Elle ouvrit son sac, en sortit un poudrier et un rouge à lèvres, retoucha son maquillage. Puis elle rangea le tout et murmura : « Ça devrait aller. »

A ce moment, un homme grand et élégant se présenta à elle. Elle sourit avec ravissement, se leva et lui serra la main. Elle se rassit et entama la conversation d’une voix joyeuse.

– Vous êtes Frédéric, n’est-ce pas ? Vous ressemblez beaucoup à votre photo.
– Et vous Mathilde, vous ne lui ressemblez pas vraiment… Je suis surpris…
– Agréablement j’espère.
– Vous êtes tellement plus jeune que sur votre phot…
– Plus jeune, vraiment ?…
– Ne vous méprenez pas, ce n’est pas une critique, bien au contraire.
– Sans doute…, vous savez, j’ai tellement peur de ne pas plaire que je donne en fait une photo de maman dans la soixantaine. Si les hommes veulent malgré tout me rencontrer, j’espère leur faire une agréable surprise. Dix ans de moins, c’est un beau cadeau du temps.

Elle enchaînait les phrases les unes après les autres exactement telles qu’elle les avait répétées, je le comprenais maintenant. Mais comment avait-elle su ? Comment avait-elle pu anticiper ainsi ? Par quelle miracle ? J’en était estomaqué.

Au bout d’un quart d’heure, elle se leva avec son compagnon, lissa sa jupe du plat de la main et se retourna pour prendre son manteau. Puis elle sortit, ne laissant derrière elle que son verre de martini vide, une rondelle d’orange et des noyaux d’olive sur une coupelle…

Ceci est ma participation au Diptyque 5.3, l’histoire de la photo de Bladsurb.

crossboarder, par Lyjazz

Pour la deuxième partie du diptyque il s'agit d'illustrer les mots de brol :

"Ado, je n’ai jamais eu de mobylette, scooter ou moto. Je n’ai pas le permis mais ai possédé pendant quelques années une voiture. Je sais, c’est débile.

Bref, la vitesse ne m’a jamais fait bander"

J'ai choisi une photo d'un sport non mécanique.

Il joue sur la puissance d'un élément naturel qu'il s'agit de transformer, de sublimer, à la force des bras et grâce à une habileté technique.

ça va vite, mais ce n'est pas polluant.

Et je trouve que c'est beau à regarder.

D'autant que le canoë/kayak peut être pratiqué aussi au fil de la rivière, sans préoccupation de vitesse, dans l'observation.

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Vicky, par Lyjazz

"Vicky ! Hey, Vicky, par ici !

Enfin te voilà…. tu en as mis du temps !

Tu nous remets un martini rouge avec tranche et un campari ?

Ah, et tu n'oublies pas les olives, hein ?

Tu sais que tu es toujours la plus belle ? Oui, je ne blague pas, tu es la serveuse la mieux roulée de la ville. Et tu as vu comme il te reluques l'Ours là-bas ? On dirait qu'il te surveille. Tu l'as engagé comme garde du corps ? Ah ah, je parie qu'il n'est même pas capable de faire mal à une mouche. C'est un minable, un pleurnichard.

Ça te met en colère que je te dise ça ?

Ah, non, tu vas chercher les verres ?

Qu'est-ce que tu en penses, toi ? Du gros, là ? "

Moi, je ne réponds rien. J'observe. J'écoute. Je laisse Mohammed faire son cinéma. Je ne veux pas qu'il sache ce que je fais là. L'Ours, il me plait bien, avec son air débonnaire et bourru, calme en dehors mais écorché vif en dedans. J'aime bien l'idée qu'il s'occupe de Vicky. Parce que cette fille a tellement bourlingué, elle est tellement à vif, que c'est justice qu'elle ait un chevalier servant.

Justement il se lève et va vers elle. Puis il l'accompagne vers les toilettes. Elle se tient le ventre.

Ah, les femmes, leurs faiblesses du ventre ! Je lève les yeux au ciel, enfin, au plafond ici.

Le bar est en sous sol. Mais on s'en fout, c'est un bar de nuit et personne ne vient là pour regarder le ciel. Musique et beuverie, c'est tout ce qu'il y a dans le coin.

Ce soir-là, c'est l'Ours qui m'a raconté plus tard, la miss Vicky elle a eu mal au ventre toute la soirée. Des crampes au bas ventre. Puissantes et assez sérieuses. Elle se pliait en deux, elle disait que ce n'était pas les règles, mais qu'elle avait mal depuis quelques temps.

Et puis rien ne la calmait.

Elle mettait la musique plus fort pour s'abrutir.

Seulement ça finissait d'abrutir les clients aussi, qui devenaient un peu plus violents, l'alcool aidant.

Et elle n'arrivait pas à maîtriser toute cette population.

A un moment on a bien cru que les verres allaient se mettre à voler. Sur les tables violettes les assiettes d'olives étaient presque vides, il n'y avait plus que les tranches de citron au fond des verres.

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Mohammed, qui professait une foi musulmane, se lâchait quand il venait et buvait de l'alcool, qui le rendait agressif.

Il s'en est pris à Vicky. Il ne comprenait pas pourquoi elle l'avait largué. Il criait, disait qu'elle était son meilleur coup.

Les crampes se sont faites si fortes qu'elle a dû rentrer chez elle. Juste au moment où les plateaux se faisaient renverser et les verres tombaient.

L'Ours s'est chargé de la ramener. Pliée en deux dans la voiture.

Elle venait de rompre avec Mohammed.

Et ce soir-là son corps finissait le boulot : elle expulsait son stérilet.

ooo

Ce texte est ma participation au diptyque 5.3, organisé par Akynou.

Il s'agissait d'écrire l'histoire inspirée par cette photo de Bladsurb.

Le temps des Cerises …, par Nawal

Ma modeste participation au second volet du Diptyque 5.3 de Akynou !

La Photo à illustrer est de Bladsurb.

Le Temps des Cerises …

“C’était devenu notre rituel du jeudi soir : après une fin de journée calme à farnienter sur la terrasse, nous nous douchions et changions pour des tenues un peu plus habillées que nos short, paréo et tongs du jour.

Le jeudi soir, nous sortions donc c’était quasi immuable depuis notre arrivée en Martinique, direction la jolie ville de Schoelcher pour passer la soirée au Bar “Le West Indies” de l’Hôtel la Batelière. Nous n’avions pas choisi cet Hôtel pour son cadre Luxueux Caribéen, ni même pour la vue Immanquable sur le coucher de Soleil “sur” voire “dans” la Mer des Caraïbes … Non si nous étions là c’était à cause de Lui, que nous avions rencontré il y a presque trois ans déjà.

Nous avions assisté alors, par le plus grand des hasards à un enregistrement télé au “Blue Fish”. Une fois la séquence bouclée Musiciens et Techniciens rangeaient minutieusement leur matériel respectif. Curieux que nous étions nous nous approchâmes tous les deux en même temps de Lui. C’était une des rares fois où je voyais de si près un “steel pan” et j’étais quasi en transe après le concert.

Le Paniste, un musicien hors-pair a du palper notre émotion puisque alors qu’il avait commencé lui aussi à ranger ses mailloches, il ressorti ses sticks pour m’offrir à moi toute seule un morceau. Nous avions à peine échangé quelques phrases de politesse, il me regarda intensément quelques secondes avant d’exécuter Magistralement le plus Bel “Avé Maria” de tous les temps suspendus …

J’étais émue, Nous étions émus tous les deux, tous les trois … Il avait tapé juste le Virtuose partageur : mes larmes coulaient silencieusement sur mes joues rosies même après le saoulant silence qui suivi. Tous sourires nous avons fait connaissance, pris rendez-vous et voilà comment dorénavant les jeudi soirs nous étions de “Piano Bar” dans le quatre Etoiles du “coin”.

Ce soir il fait particulièrement bon sous les Bougainvilliers au bord de la Piscine éclairée, c’est la pleine Lune, les Foyalaises aux Tables voisines sont resplendissantes et la Symphonie juste Magique. Pourtant ce soir si nos Oreilles se pâment, le coeur n y est pas, nous sommes sur-enjoués, limite endimanchés avec nos tenues trop Blanches de Touristes baroudeurs en all-inclusive. Nos sourires trop étirés ne trompent pas pour qui sait lire dans le fond de nos yeux humides.

Exceptionnellement ce soir j’écoute d’une oreille distraite, j’enregistre surtout le lieu, les odeurs et fragrances envoutantes, les lumières du Soleil couchant. Tu n’es pas plus présent que moi, je te vois à mes côtés triturant à n’en plus finir ta serviette en papier. Nous sommes là en silence face à nos verres de Cocktail vides, nous avons aussi fini nos deux assiettes d’Acras bien chauds et croustillants. Seuls “vestiges” de cette dernière soirée en Martinique avant notre retour définitif en Métropole, des noyaux de Cerises au Marasquin et des rondelles de citron. C’étaient nos tous derniers “Brooklyn” et “Manhattan” avec Doubles Cerises dans le verre signe de l’habitué de la maison qui s’en va de Madiana le coeur Gros …


Diptyque, par Nawal

Ma modeste participation au premier volet du Diptyque 5.3 de Akynou !
Le texte à illustrer est extrait d’un billet de brol.
“Ado, je n’ai jamais eu de mobylette, scooter ou moto. Je n’ai pas le permis mais ai possédé pendant quelques années une voiture. Je sais, c’est débile.
Bref, la vitesse ne m’a jamais fait bander.”

Ma modeste participation au premier volet du Diptyque 5.3 de Akynou !

Le texte à illustrer est extrait d’un billet de brol.

“Ado, je n’ai jamais eu de mobylette, scooter ou moto. Je n’ai pas le permis mais ai possédé pendant quelques années une voiture. Je sais, c’est débile.

Bref, la vitesse ne m’a jamais fait bander.”

How do you stop ?, par K

Le texte à illustrer est extrait d'un billet de brol.

How do you stop ?

Ado, je n’ai jamais eu de mobylette, scooter ou moto. Je n’ai pas le permis mais ai possédé pendant quelques années une voiture. Je sais, c’est débile. Bref, la vitesse ne m’a jamais fait bander.

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La participation de K au diptyque 5.3, l'illustration du texte

La vitesse de mes transports, par Bladsurb

Ado, je n’ai jamais eu de mobylette, scooter ou moto. Je n’ai pas le permis mais ai possédé pendant quelques années une voiture. Je sais, c’est débile.

Bref, la vitesse ne m’a jamais fait bander
brol



trop grande vitesse

Une fois n'est pas coutume, j'ai choisi une photo d'archive pour la session 5.3 du diptyque d'Akynou.

Empoisonnement hebdomadaire, par Bladsurb



Chaque semaine, et ce depuis bien des années
Ils buvaient un cocktail dans ce bar suranné.
C'était comme un rituel où eux deux, condamnés,
Regardaient cette vie peu à peu se faner.

Et encore aujourd'hui, en approchant l'hiver
Ils cherchent vainement, et pourtant persévèrent,
A noyer leur angoisse au fond d'un verre.

Ceci est ma participation à la session 5.3 du diptyque d'Akynou. Il s'agissait d'inventer une histoire sur une de mes photos. Bladsurb

Révélations, par Anna

Il est recommandé, pour comprendre ce texte, de commencer par lire celui-là.

Une semaine plus tard, enquête effectuée, j’ai donné rendez-vous à mon bel effeuilleur dans un bar tranquille. C’est le meilleur compromis entre le besoin de discrétion des clients et mon envie d’éviter le bulldozage de mon bureau par un primate en colère.

J’avais déjà commandé un whisky quand il est arrivé. En retard, Igor, hagard, la chemise en bataille et le teint cireux, craignant sans doute les nouvelles, avec raison. C’est que je ne m’étais pas ennuyée, pendant cette semaine ; il y avait matière, pas de problème.

Il a demandé un martini sec et n’a plus prononcé un mot avant de l’avoir devant lui. Il en a bu une gorgée, puis a enfin osé me regarder dans les yeux et me demander :

“… Alors ?

- Alors vous aviez raison.”

Il s’est empourpré et a repris une gorgée avant de murmurer :

“Racontez-moi.

- Je peux même vous montrer.”

J’ai posé devant lui les clichés de la semaine. Rien que de très habituel pour moi. Une femme s’envoyait en l’air avec un homme, dans toutes les positions possibles, et dans plusieurs décors : chambres d’hôtel, locaux de son entreprise… Banal. Très banal. Bien entendu, pour les clients, c’est autre chose. Ils ont beau la soupçonner (pourquoi m’engager, sinon ?), avoir sous le nez la preuve de l’infidélité de son conjoint, ça fait mal. Je l’ai vu passer du rouge au blanc devant les premiers clichés, et je me suis félicitée in petto de ne pas lui avoir donné rendez-vous dans mon bureau. Arrivé à la fin de la pile, ses joues ont viré au vert, il n’a eu que le temps de se ruer aux toilettes pour y vomir son martini.

Petite nature. J’étais quand même contente de ne pas devoir nettoyer la moquette.

Il se passa quelques minutes avant qu’il revienne poser ses charmantes fesses sur le tabouret à côté de moi. Tremblant comme une feuille, il faisait peine à voir.

“Écoutez… Combien je vous dois ?

- Avant de discuter tarif, j’ai une proposition à vous faire.”

Je me suis tue, attendant la lueur dans ses yeux qui m’indiquait qu’il m’écoutait de toutes ses oreilles.

“J’ai suivi Katia toute la semaine. J’ai pris des photos des moments qui pouvaient vous intéresser, mais je l’ai épiée des journées entières, j’ai écouté ses conversations au bureau, pendant les repas… Je crois m’être fait une assez bonne idée de son caractère.

- Continuez.

- C’est une femme à poigne, une femme qui aime les défis. Elle a dû adorer vous séduire ; pensez donc, un strip-teaser ! Puis vous avez lâché votre boulot, pris un job à la manque qui ne représente rien pour vous, acheté des costumes gris et des cravates quelconques, bref, vous vous êtes éteint. Vous ne représentez plus rien d’excitant pour elle, elle vous croit à sa botte quoi qu’il arrive. Mais si vous lui montrez que vous aussi pouvez aller voir ailleurs, elle voudra vous reconquérir et laissera tomber l’autre andouille.

- Je n’ai pas envie de la tromper.

- Qui vous parle de le faire pour de bon ? Ce qui compte c’est qu’elle croie que vous avez rencontré quelqu’un d’autre.”

Son regard était vide. Bon Dieu, il fallait tout lui dire, à ce garçon.

“Ce n’est pas compliqué, tout de même ! Des coups de fils mystérieux, du rouge à lèvre dans le cou, des photos compromettantes…

- Mais qui pourrait m’aider à lui faire croire ça ?”

En voilà un qui a réalisé le vœu de Jacques Brel. Je me suis contentée de sourire.

“Vous ?

- Moi. J’ai enquêté sur assez de vrais adultères, je devrais pouvoir en mettre un faux en scène. Qu’en dites-vous ?”

À suivre…



Ce texte est la participation d'Anna au diptyque 5.3. Il s’agissait d’écrire un texte inspiré par la photo ci-dessus, prise par Bladsurb.

Bronca chez les Banderas !, par Julio


Antonio rentre de son travail et il trouve chez lui des verres vides et Mélanie complètement ivre.


Antonio : Mélanie, tu as bu !
Mélanie : Antonio je n’ai pas bbbbbue, mon Antoniooo  mon amour,  mi Malagueño de cuerpo serano, mi gitano, mi amor, mi queridooo!
Antonio : mais tu es complètement soule, tu m’avais promis de ne plus boire ; encore hier soir tu m’avais dit que c’était le dernier verre, que tu ne toucherais plus a l’alcoolé !
Mélanie : oui mais tu joue dans le nouveau film d’Almodóvar. Et il y a Pénélope Cruz, et tu vas encore la tripoter, et je ne supporte pas !
Antonio : mais Pénélope ça ne compte pas. Elle couche avec toute l’équipe du film. Même avec le vingt-cinquième assistant maquilleur. Elle dit que c'est bien pour sa carrière !
Mélanie : et Javier Bardem, il ne dit rien ? Ça me l’embête pas de porter des cornes ?
Antonio : non. Il sourit tout le temps comme un imbécile. L’autre jour, je lui demande si ça ne le dérangeait pas. Il ma répondu que non, que c’était bien pour sa carrière !
Mélanie : ils sont faits pour vivre ensemble ces deux-là !
Antonio : oui. Bien. Mais revenons a notre problème, ton alcoolisme !
Mélanie : mais je n’ai buuu qu'un verre ou deux. Antonio mon amour mon….
Antonio :ça-va, ça-va  buvons un petit verre de malaga et allons nous coucher. On en reparlera demain !
Mélanie : bonne idée Antonio, mon Antonioooo !

Dialogue imaginé par Julio pour le Diptyque 5.3, l'histoire de la photo de Bladsurb

L'enquête progresse, par K

- Je t’écoute, Lucas.

- On a retrouvé le citron découpé au fond du petit verre. Pas de trace de l’instrument avec lequel il a été tranché. Le relevé d’empreintes est négatif. Les pépins ont disparu. Le grand verre était vide, pas d’empreintes non plus. Il est posé à exactement 6 cm de la coupelle qui contient les noyaux d’olives (ou de cerises).

Les deux serviettes sont pliées différemment. Il y a sûrement une signification d’autant qu’on n’a pas retrouvé de traces de rouge à lèvres. Pour la coupelle, les deux piques pourraient indiquer l’heure, par exemple 10h05, et ce serait un moyen de nous provoquer en nous donnant un indice. Il se sent fort. Par ailleurs les deux petites piques en bois léger ont servi aussi à déguster les olives (ou les cerises). On les a donné à expertiser au labo pour qu’il nous donne la couleur des olives (ou des cerises). Reste à déterminer pourquoi 4 olives (ou cerises) ce qui me semble à la fois inquiétant et complexe, révélateur d’une pathologie à haut niveau de dangerosité. Comme s’il était capable de recommencer n’importe où n’importe quand.

- Un apéro nain qui a mal tourné ?

- ...Difficile à dire.

- On a reçu ça au courrier. Jette un œil à la photo, ça correspond.

- Il obéirait à un rituel ?

- Le numéro derrière la photo : ce serait le 17e citron exécuté ainsi. Je me demande si on n’a pas affaire à un tueur en série. Une idée pour un profil ?

- C’est quelqu’un qui s’expose et prend des risques. Par goût. Il aime narguer. Soit il s’appuie sur une grande maturité et sophistication, soit il est indifférent – presque imprudent – par rapport aux conséquences de ses actes. Rien d’improvisé cependant, tout est calculé, au millimètre, il est donc très confiant. Et expérimenté. Et ça correspond si on en est bien au 17e citron.

– Et donc ?

...TOC TOC TOC...

- Entrez !

- Voici les résultats de l’expertise, le professeur Bladsurb est formel : ce sont des cerises.

- Merci. (S’adressant de nouveau à Lucas ) Et donc ?

- Donc, je pencherais pour un horloger-limonadier gaucher possédant un vélo rouge et habitant Orange.

C
e texte est la participation de K au diptyque 5.3, l'histoire de la photo de Bladsurb

mardi 18 mai 2010

Diptyque 5.3

Déjà la troisième session. Il y a moins de participants que l'an passé, mais c'est pas grave, on s'amuse bien quand même.  Alors cette semaine

1. le texte à illustrer est extrait d'un billet de brol. Je vous laisse imaginer ce qu'il s'attend à ce que vous illustriez :-) Et libre de faire comme vous l'entendez.

Ado, je n'ai jamais eu de mobylette, scooter ou moto. Je n'ai pas le permis mais ai possédé pendant quelques années une voiture. Je sais, c'est débile.

Bref, la vitesse ne m'a jamais fait bander

Vous pouvez utiliser tous les médias à votre convenance : photo, video, dessin, etc.

2. La photo dont il faut inventer l'histoire a été prise par Bladsurb qui tel que je le connais va dire que du coup, il ne va pas participer. Mais il a intérêt à le faire. Sinon, je boude.

Je n'ai qu'un mot à dire : lâchez-vous (et créditez la photo et faisant le lien vers son site).

Je posterai le récapitulatif de la précédente dès que j'ai un moment, ici, dans ma salle de jeux